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Audition, Musique, Protection Auditive et Idées Reçues

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par Jean-Louis Horvilleur
( Audioprothésiste)


Spécialité de l'article : Orthophonie

Parution du 2012-07-02   pour la lettre n° 64

   Voici un tour d'horizon de quelques données à connaître, et à diffuser, sur l'audition et ses moyens de protection, en particulier dans le cadre des musiques puissantes. L'audition est un capital, maximum à la naissance et son usure "normale" appelée presbyacousie, statistiquement constatée sur une population, démontre déjà une baisse des aigus à 20 ans. Si nous ne sommes pas tous égaux devant ce vieillissement naturel, nous ne le sommes pas plus devant le risque auditif. S'il faut, en général tenir compte de nombreux paramètres individuels, comme le vécu de la personne, certaines maladies, certains médicaments, etc.. c'est tout au long de sa vie que chacun d'entre nous doit gérer sa "Dose de Bruit", sachant que l'audition, fonction d'alerte ne "dormant" jamais n'est pas conçue pour les niveaux excessifs, y compris ceux de la vie moderne.

   Le son, phénomène vibratoire, se caractérise par sa fréquence (ou hauteur) en Hz (1Hz = 1 vibration par seconde) et son intensité en dB. Un être humain, jeune et en bonne santé perçoit de 20 Hz à 20 000 Hz et son champ auditif s’étend de 0 dB à 120 dB pour les fréquences comprises, entre 0,5 et 8 kHz, celles de plus grande sensibilité de l'oreille. Au dessus et au dessous, le seuil d'audition est plus élevé et la dynamique plus faible. Le décibel (dB) a une échelle basée sur les logarithmes, qui décrivent exactement la progression de la sensation en fonction du niveau. On utilise généralement le dB A, qui tient simplement compte de la plus grande fragilité de l’oreille aux aigus, pour mesurer la nocivité d’un son, et le dB C pour les niveaux de crête. La perception du dB n'est pas plus compliquée que la lecture d'un thermomètre en °C, ressentir la variation de chaleur est juste plus facile que pour celle de niveau.  En matière de sons forts, il n’y a pas que l’intensité qui compte : il y a aussi la durée et la répétition de l'exposition : ce sont les notions de "trop longtemps, trop fort, et trop souvent". A 100 dB (baladeur homologué, à son maximum) quelques minutes peuvent suffire pour causer des dégâts irréversibles. Il n'est toutefois pas possible de prévoir quelle sera l'atteinte en fonction de la "dose" pour une personne donnée, la meilleure façon de savoir où chacun se positionne et si son mode de vie "convient" à son audition étant de faire un test régulier, au moins chaque année. A de nombreuses occasions, lors de la Semaine du Son (début janvier) et de la Journée de l'Audition (autour du 10 mars) des tests gratuits sont d'ailleurs prévus. Bien sûr, en cas de doute sur l'état de son audition, il faut consulter un médecin, au plus vite.
   Avant tout, se crever les tympans en concert est, heureusement, une image, il faudrait en arriver à des niveaux autour de 160 dB, bien au dessus du seuil de la douleur (120/130 dB, une moyenne pouvant varier selon les individus et la fréquence concernée). Le son serait alors, littéralement, une arme. En niveau très excessif, les effets mécaniques interviennent et s'accompagnent de conséquences métaboliques, diminution du débit sanguin cochléaire, libération de radicaux libres, d'où un risque de disparition des cellules sensorielles par nécrose ou apoptose (autodestruction). L'excitotoxicité glutamatergique, présence de glutamate, neuromédiateur, en quantité trop importante dans l'espace inter-synaptique est une des explications du fait qu'un traumatisme trop important, peut détruire la fibre auditive elle même.
Plus usuellement, les cellules ciliées externes sont au nombre de 15 000, seulement, à comparer avec les cônes et bâtonnets qui sont respectivement 7 et 120 millions par œil. Elles ont leurs cils insérés dans une membrane. C'est au pic de résonance de celle ci que la fréquence concernée est stimulée, en tirant sur les cils correspondants. Ces derniers pourront être arrachés par des mouvements trop violents.
Les musiques (certes des fois trop) amplifiées et le baladeur sont faciles à pointer du doigt, mais les membres de l'orchestre symphonique ou lyrique sont aussi concernés avec des niveaux LAeq ( Level equivalent) entre 81 et 110 dB ( A : tenant compte de la plus grande fragilité de l'oreille aux aigus)... et des pics de 130 dB (A) constatés, dans ce cas là. Le niveau LAeq d’un bruit variable est égal au niveau d’un bruit constant qui aurait été produit avec la même énergie que le bruit perçu pendant la même période. Il représente ainsi l’énergie acoustique moyenne perçue pendant la durée d’observation. (Norme NF S 31-110 ).
Ce n'est pas parce qu'un bruit est désagréable et une musique perçue comme agréable par celui qui l'apprécie, que cette dernière serait moins dangereuse, tout est question de spectre. En effet les aigus sont plus dangereux et traumatisants que les graves, le 4000 Hz étant statistiquement la fréquence la plus fragile du corps humain. De même le plaisir auditif rend moins vigilant. Ne parlons même pas des facteurs annexes en milieu festif...

   En France, la loi impose un niveau moyen de 105 dB, au maximum dans les concerts et lieux "diffusant de manière habituelle de la musique amplifiée".
Le principe de précaution, base du droit du travail, établit de son côté un maximum de 8h d’exposition pour 80 dB. (ensuite chaque fois qu'on ajoute 3 dB, on divise la durée par deux puisque cela revient à multiplier par deux la pression acoustique, l'énergie sonore, donc à doubler le nombre de sources ! 80 dB + 80 dB = 83 dB et non 160 dB). On obtient donc 4h pour 83 dB (cf tableau). Le plus gênant est que, contrairement au feu qui brûle la main, le seuil de la douleur est très au dessus de celui de danger, il y a une "zone orange" où l'on détériore son audition sans avoir mal à proprement parler, avec un risque de ne pas se rendre compte assez rapidement de ce qui se passe. Il existe tout de même des signes de "souffrance de l'oreille" que l'on ne perçoit donc généralement qu'en sortant de l'événement, c'est à dire après et non pendant. Il faut bien insister sur le fait qu'ils ne sont pas "normaux" et que l'oreille ne s'y habitue pas. Les trois plus courants sont une hypoacousie qui se manifeste par une impression de "coton dans les oreilles", des acouphènes (bruit entendu ne provenant pas de l'extérieur, généralement un sifflement), et plus rarement une hyperacousie (décalage de la perception d'intensité, tous les sons paraissent plus forts).
Si cela persiste quelques heures, au plus après une nuit de sommeil, il faut consulter. Dans le cas contraire, cela revient généralement rapidement "à la normale", mais au final, d'épisode en épisode, on aggrave l'usure naturelle, jusqu'à une baisse de la compréhension et de la sélectivité fréquentielle. Les aides auditives modernes ont certes bien progressé, mais les cellules ciliées auditives ne se régénèrent pas et il n’est pas possible, à l’heure actuelle, de réparer le capteur.

   La plupart des gens qui arrivent dans le circuit des professionnels de l'audition avec un traumatisme auditif ignorent ce fait que plus vite on consulte, et meilleures sont les chances de récupération et que si on laisse passer deux jours, on est déjà une urgence thérapeutique… Les statistiques donnent, après ce laps de temps, des chances égales de retour "à la normale" avec ou sans traitement… Les observations réalisées sur les mêmes personnes montrent qu'il y a plus de risque en lieu fermé... où se produisent des phénomènes de réverbération du son et qu'un son impulsionnel est plus dangereux qu'un son continu.
Pour savoir si nous sommes en zone de danger nous avons tous un "décibelmètre incorporé" : S’il faut crier pour parler à son voisin, c’est trop fort. Il faut sortir si l'on est en salle ou s'éloigner de la source sonore, si l'on est en plein air, car en doublant la distance par rapport à la source, dans ce dernier cas uniquement, le niveau sonore diminue de 6 dB surtout dans les aigus. C'est une valeur importante.

   En dehors de toute autre mesure, une possibilité, immédiate et relativement facile à mettre en œuvre, consiste à faire des pauses en soirée et lors des événements, 10 minutes minimum permettent aux mécanismes de l'oreille de "récupérer" : le ministère de la santé recommande 30 minutes toutes les deux heures ou 10 minutes toutes les 45 minutes. On doit d'ailleurs aussi prévoir du repos auditif les lendemains de concerts et de soirées.
Lors d'un événement, si la solution la plus évidente, serait de limiter le niveau, et de calibrer correctement le spectre, par exemple, au niveau du taux d'aigus. (cf. Fragilité du 4000 Hz et autour). Elle n'est pas toujours appliquée... Un membre du public est généralement passif en la matière. On doit donc, à ce jour, accentuer la formation et l'information des organisateurs et sonorisateurs à tous les niveaux, les amateurs bien sûr, mais aussi visiblement certains professionnels, sur les règles de gestion sonore.
Pour ne pas rester sur le côté passif, il serait positif d'accélérer la prise de conscience, en général, de ce qu'est l'audition. Notre site www.lesoreilles.com a ainsi lancé une opération intitulée Ne me casse(z) pas les oreilles !", destinée à faire réagir les membres du public des soirées, concerts,... le plus rapidement possible en cas de son excessif, en se bouchant tout simplement les oreilles avec les mains. Un geste évident pour attirer l'attention sur la nécessité d'un réglage auprès des responsables de l'événement, de la sono, etc, car ces derniers sont généralement présents dans la salle.

   Une autre possibilité, toujours pour un membre du public est d'avoir toujours, lui-même pour une sécurité à 100%, des protecteurs auditifs. Il est important de bien les choisir. Voici quelques données : des bouchons spéciaux musique existent, dotés d'un filtre composé de perçages, avec selon le modèle des cavités de résonance calculées et des membranes, etc... Ils auront selon leur principe de fonctionnement, une courbe de réponse "linéaire" destinée à reproduire celle de l'oreille nue, tenant compte de la fréquence de résonance du pavillon, ou chez un autre fabricant, "loudness", en vertu cette fois-ci de la plus grande sensibilité de l'oreille aux mediums qu'aux graves et aux aigus, etc...
Des recherches effectuées,montrent que pour bien choisir, on peut lire les 3 catégories de chiffres donnés par mesures effectuées pour l'homologation et devant figurer sur les notices :

 - La plus détaillée est l'APV : Assumed Protection Value, la Valeur de protection supposée à chaque fréquence, à lire en tant que courbe de réponse.
- Le plus simple est le SNR Single Number Rating, l'indice unique d’atténuation globale, qui permet une approximation (optimisée) de l’exposition effective en tenant compte de la sensibilité de l’oreille. C'est la "force" du bouchon.
- La valeur médiane, leur regroupement en terme de valeurs d'atténuation H, M , L (High, Medium, Low), pour les aigus > 2000 Hz, les fréquences Moyennes 500 à 2000 Hz et Graves Low < 500 Hz, qui pourra permettre de trouver instantanément une information capitale. Si les aigus, au dessus de 2000 Hz sont très atténués par rapport aux mediums et aux graves, c'est probablement un modèle "industrie" et sans être mélomane on trouvera très certainement qu'il manquera la perception des finesses de jeu.

   Le coût est modeste pour les modèles jetables, parfois mis à disposition gratuitement. Pour ceux réutilisables, un bouchon "musique" standard, valable environ 5 ans selon les fabricants, ce qui peut varier en fonction du métabolisme de chacun, valent environ 25 euros en boutique. Le même genre de produit moulé sur mesure, d'une durée de vie potentielle équivalente, coûtera entre 120 et 190 Euros, hors opérations spéciales (commandes groupées, etc). Pour les professionnels de la musique et les personnels annexes qui travaillent dans ce genre d'environnement, c'est l'employeur qui doit fournir des protections adaptées.Il est capital de bien savoir mettre ses bouchons en place, et même… dans le bon sens pour les modèles disposant d'un filtre (un souci plus fréquent qu'on ne le croit). Sur le terrain, on constate que pour les bouchons en mousse, "classiques" il est très important d'expliquer que l'on doit les rouler entre les doigts pour les compresser, puis bien les enfoncer dans le conduit auditif, les laisser regonfler ensuite, bien en place.
De plus ces dispositifs de protection doivent être portés en permanence pendant l'exposition au son puissant. Exemple : Une protection enlevée 10 mn sur une journée de travail (de 8h...) perd 43 % de son efficacité !
S'il ne faut pas s'alarmer, vu l'allongement de la durée et des modes de vie actuels, il important de connaître et de diffuser les éléments évoqués ci-dessus.
Niveaux sonores et précautions
Temps d’exposition maximum / dB
80 dB    8h
83 dB    4h
86 dB    2h
89 dB    1h
92 dB    30 min
95 dB    15 min
98 dB    7 min 30 s
101 dB    3 min 45 s
104 dB    1 min 53 s
107 dB    56 s
110 dB    28 s
113 dB    14 s
116 dB    7 s
119 dB    3,5 s
122 dB    1,7 s


170 dB    Fusil d’assaut (en crête, dB C)
137 dB    Caisse claire (en crête, dB C)
130 dB    Avion au décollage
120 dB    Seuil de la douleur, réacteur d’avion à qqs mètres
110 dB    Marteau-piqueur à un mètre
105 dB    1 sirène de police ou pompier (max autorisé en discothèque
100 dB    1 tronçonneuse, 1 balladeur
95 dB    1 klaxon
90 dB    1 instrument de musique acoustique jouant fort
85 dB    Seuil de danger souvent atteint dans un avion de ligne
80 dB    Aboiements
75 dB    Rue animée
70 dB    Intérieur d’un TGV
60 dB    Niveau d’une conversation normale
50 dB    Niveau maximum pour un travail intellectuel

   Pour ce faire www.lesoreilles.com dispose de flyers, utilisables en situation, d'un faq (http://www.lesoreilles.com/faq_audition.html), où l'on trouve aussi quelques conseils de choix du casque audio, et l'opération terrain décrite plus haut: Ne me casse(z) pas les oreilles!"
http://www.lesoreilles.com/articlepreventionauditiongp160.html#nemecassezpaslesoreilles . Un certain nombre des notions développées dans le présent article et diffusées à travers le site étant effectivement inconnues ou floues pour le grand public alors que prises une par une elles sont si simples qu'il serait dommage de ne pas les connaître à temps...

   Jean Louis Horvilleur : audioprothésiste, guitariste, fan de metal, écrit, depuis des années dans le magazine spécialisé Guitar Part, pour des essais de matériel, des dossiers et des interviews. Il effectue des actions de prévention pour informer sur les risques auditifs, à suivre sur le site : www.lesoreilles.com et sur http://blog.lesoreilles.com.
Sur le site, http://www.lesoreilles.com/articlepreventionauditiongp160.html,
 vous pourrez trouver pour approfondir, un article intitulé "A Bon Entendeur" paru dans Guitar Part de protections auditives "spéciales pour la musique",
http://www.lesoreilles.com/comparatifprotectionsauditivesgp.html
Page facebook et http://www.facebook.com/oreilles.


L'oreille

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