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Le libre choix thérapeutique, pour combien de temps ? 

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par Nicole Delépine
( Pédiatre, oncologue)


Spécialité de l'article : Médecine générale

Parution du 2015-04-23   pour la lettre n° 75

Cela dépendra de nous tous médecins, soignants et surtout citoyens  et de notre capacité à résister  à la toute-puissance du lobby politico-médico-financier qui via de multiples astuces d’aspect « social » comme le tiers payant généralisé impose une médecine – peut-on encore utiliser ce mot - robotisée aux ordres. 
Il faut expliquer comment la bureaucratie totalitaire actuelle, donc l’Etat impose la mainmise de la finance sur les soins en recouvrant ce pouvoir véritable d’un nuage de fumée « socialiste pour l’égalité d’accès au soin » de gauche, utilisant les médias aux ordres pour manipuler le peuple. 
Que s’est-il passé ? Dans les années 70-80, les progrès de la médecine liés à l’optimisme des trente glorieuses font apparaître de nouvelles possibilités thérapeutiques dans tous les domaines de la médecine – chirurgie - chimiothérapie – radiothérapie. La médecine académique guérit de plus en plus de patients avec progressivement moins de séquelles. En 1985, on sait guérir plus de trois quart des enfants atteints de pathologies malignes (cancers du sang et tumeurs solides)  et la moitié des adultes cancéreux. Le taux de guérison progresse chaque année depuis trente ans (sans grands essais thérapeutiques mais surtout des études pilotes ouvertes)  et on est loin du « fléau » et de l’augmentation soi-disant faramineuse du taux de cancers dont s’emparera le plan cancer dans sa communication mensongère pour justifier l’encadrement bureaucratique.

La créativité est encore possible bien que déjà réprimée par la pensée unique montante (on pensait encore !) Par exemple le dr G Delépine ne veut pas amputer les enfants atteints de sarcomes. Il invente une prothèse interne de croissance qui permet de remplacer l’os malade et  de faire grandir la jambe avec l’enfant. Il peut la concevoir, la faire fabriquer et la poser (année 84). Quelques années plus tard il invente la prothèse magnétique permettant de ne pas réopérer les patients pour l’allongement et rapidement il ne pourra plus s’en servir, l’usage en sera limité à un programme de recherche bloqué par l’administration. C’est le commencement de la fin de la liberté de créer et de soigner.
La créativité commence à être bloquée de façon générale et progressive en même temps que la domination Thatcher – Bush acceptée par Mitterrand  laisse la place aux Golden Boys, au tout fric et au tout pouvoir de l’argent dès 1983. La protection sociale est une mine d’or (149 Milliards d’euros représentent le budget de la sécurité sociale dans les années 2010) qui attise des profits en Bourse. Les années qui suivront seront une course effrénée à toujours plus de profits dans tous les domaines et singulièrement celui de la santé. L’existence du système de protection sociale universelle ne cessera d’être remise en cause avec une grande offensive en 1995 avec les ordonnances Juppé et la grève de trois semaines à Paris qui bloqua l’économie et permit d’en retarder l’échéance. La loi de santé imposée par le gouvernement Valls est une nouvelle offensive contre laquelle le pays devrait se lever à nouveau.
Alors que le pouvoir politique se soumet de plus en plus au capital financier qui exige la disparition du système social et humain mis en place par le conseil National de la Résistance, il est décidé par les pouvoirs publics de passer à une gestion entrepreneuriale de l’hôpital. Les bases du système de santé reposant sur les meilleurs soins des patients dans des conditions les plus humaines possibles vont être remplacées de façon de plus en plus apparente dans les trente années suivantes (1985 -2015) par  une gestion économique, robotisée et déshumanisée. Les personnels soignants et médecins vont devoir « gérer » les économies dans un système supposé trop cher simplement parce qu’il faut le DETRUIRE  pour justifier auprès de la population sa disparition .Nous en sommes en 2015 avec la loi Touraine à cette phase  quasi –ultime si nous ne la stoppons pas.
 A travers différentes lois de santé (dont la première est la loi Evin en 91, ministre de tutelle du docteur Cahuzac à la même époque et actuel directeur général de l’ARS IDF) et la mise en place des schémas régionaux d’organisation sanitaire (les SROSS) dont le premier voit le jour en 1995, et les ordonnances Juppé avril 1996, on organise sciemment mais subrepticement la casse de notre système de santé. Parallèlement on se flatte dans les années 98 qu’il soit classé le premier au monde (B. Kouchner alors ministre de la santé) tant par la qualité et l’efficacité de ses soins que par son caractère universel (chacun en France peut alors en bénéficier quelles que soient ses ressources et sa situation sociale. Alors pourquoi le briser ?
Parce que déjà à ces périodes de fin de siècle, en dépit des démonstrations des politiques en place (Jospin, Chirac  etc.) pour le bien des citoyens, notre pouvoir politique en lui-même n’existe plus que dans son obéissance aux pouvoirs des banques qui dominent le monde et vont le détruire. Connivence exercée via le club Bilderberg ou autres, les universités d’été annuelles du monde de la santé offertes par les gros laboratoires pharmaceutiques dans le Lubéron à Lourmarin qui réunit  tous les gens qui « comptent » dans la santé de tous les bords  anciens et futurs ministres, députés et sénateurs concernés par la santé, directeurs d’hôpitaux et des grands services du ministère, patrons des grands labo et professeurs universitaires bientôt leaders d’opinion et « experts » directeurs des mutuelles et assurances et de la sécurité sociale et j’en oublie . Ce beau monde assiste aux conférences  de C Evin et Cahuzac sur l’avenir de la protection sociale par exemple  et goutte aux délices du « savoir recevoir » des labos invitants. Les « réformes » nécessaires sont aussi conçues dans les «clubs spécialisés » comme le club Hippocrate qui réunissait chaque mois dans un restaurant de luxe invité par un labo des médecins, des chercheurs, des politiques, des administratifs de haut rang, tel Marisol Touraine et Gerard Bapt. Notre démocratie repose sur ces liens incestueux politiques, étatiques, gros labos et médecins. Ce sont eux qui décident des économies de santé imposées de plus en plus par Bruxelles, pouvoir accepté par nos présidents successifs en dépit du NON au référendum de 2005.
Puisqu’il faut faire des économies (sur le dos du peuple) et en même temps offrir un « marché »  aux entreprises du médicament, comme Sanofi très proche de nos gouvernants par exemple, il faut jouer sur la propagande, la mystification et la perte de la liberté de soigner et d’être soigné.

La propagande repose sur le pseudo-trou de la sécurité sociale  qu’il faudrait donc remplacer  puisque non viable CQFD   . Le pseudo-trou  est créé de toutes pièces :
des entreprises publiques sont dispensées de verser les cotisations 
on impute à la sécurité sociale le paiement de drogues en essai avant autorisation de mise sur le marché dès 2003, des dépistages inutiles et coûteux octobre Rose (deux milliards d’euros annuels) pour le sein, 400 000 euros annuels pour la prostate, vaccinations inutiles couteuses, et dangereuses (Gardasil à l’origine de nombreuses morts et maladies dans le monde 400 euros les trois injections) imposées par le ministère et le dernier plan cancer au mépris du libre choix et des dangers.
La mystification repose sur la « peur » classique moyen de pouvoir depuis Machiavel, divulgué à travers une abondance d’émissions destinées à la santé sur les télévisions et radios souvent quotidiennes  avec présence « d’experts » qui ne livrent jamais leurs liens d’intérêt. On crée de toutes pièces des associations à but non lucratif pour informer les patients et orchestrer des campagnes de publicité sur tel ou tel symptôme à ne pas négliger (ostéoporose, fuites urinaires, perte de libido ou impuissance ou éjaculation précoce etc….). A travers les médias complices (les autres seront éliminés) le besoin sera créé, on pourra vendre ! Le docteur Knock est au pouvoir – chaque bien portant est un malade qui s’ignore- et le ministère de la santé lui-même sert d’agence de publicité directe aux labos, financée par nos impôts, pour  culpabiliser les parents « indignes » qui ne vaccineraient pas, ne dépisteraient pas un trouble d’hyperactivité etc.. La bureaucratie au service des lobbies et de la finance utilise notre argent pour nous désinformer et nous manipuler. La justice trop souvent aux ordres saura convaincre des parents récalcitrants aux vaccinations ou aux essais anticancer en enlevant la tutelle de leur enfant. Les juges honnêtes  comme les journalistes désirant faire simplement leur travail sont exclus du circuit.
On crée des maladies en modifiant les taux de « normalité » du cholestérol, de la  glycémie, de la tension artérielle multipliant à loisir le nombre des malades potentiels. On crée de plus en plus de troubles  psychiatriques via le DSM, manuel qui au départ référençait une trentaine de maladies à traiter jusqu’à plusieurs centaines à ce jour. Le summum de l’utilisation de la peur comme arme pour détruire le système de santé, est de livrer aux labos à travers une démarche soi-disant solidaire et généreuse, les plans cancer.
La perte de la liberté de soigner puis la perte pour le patient du choix de son thérapeute
Le champ expérimental a été la cancérologie pédiatrique. Alors que Big pharma veut multiplier les grands essais thérapeutiques dès les années 90, le phénomène reste limité chez l’adulte dans un premier temps les patients étant inclus, dans les centres anticancéreux, lorsque les traitements éprouvés sont épuisés. La corruption qui y est liée sera découverte au début des années 2000 grâce à des lanceurs d’alerte, le scandale du Vioxx en 2004 (plus de trente mille morts ) et de nombreux livres comme celui de l’ex rédactrice en chef du New England, Marcia Angell, des professeurs Even et Debre , de R D Strand etc.
Mais en pédiatrie le nombre de sujets (ou objets ?) à inclure est limité : 1500 enfants de moins de quinze ans en France sont atteints de cancer. En « arrachant » les adolescents aux services adultes on monte à 2000 environ. En conséquence très vite la guerre du monopole est déclarée expliquant la volonté farouche de voir fermer notre service dès les années 90 pour inclure « tous les enfants cancéreux » dans les essais comme l’expliquera très bien la présidente de la société française des cancers de l’enfant au sénat en 2001  pour la préparation du plan cancer. N’en point laisser « échapper » du système ! Comment faire sinon en supprimant la liberté de soigner, en diabolisant initialement les prescripteurs encore libres, en les faisant disparaitre du circuit ou en les assagissant  (nominations propres ou de leurs élèves, médailles et avantages financiers du système, enfin se sentir inclus dans le groupe). Nous serons les derniers dinosaures à avoir survécu.
Le moyen d’imposer le monopole des traitements passe par la société savante, autoproclamée telle, qui  via ses soutiens financiers, politiques  et médiatiques devient la seule référence du ministère quant aux bonnes pratiques et discrédite toute autre démarche soignante. Cela est pratique, cela marche, les indépendants disparaissent hormis le service Desbois-Delépine dont les patients obtiennent un rapport de l’IGAS sur les essais en pédiatrie en 2003 et un service correct à Garches en 2004. Pas grave on aura sa peau plus tard. Exit 2014.

La méthode si efficace  va être appliquée à toute la cancérologie d’autant que le fondateur et rédacteur principal du plan cancer, le Pr T Philip est pédiatre. Le plan cancer va naître sous couvert d’états généraux du cancer en 1998 réunissant des patients. Mais ils demandaient plutôt des aménagements autour du cancer étaient plutôt contents de soins vu les résultats qui s’amélioraient.
Via la création en 2003 de l’institut national du cancer et de la liste en sus permettant l’utilisation des molécules dites innovantes et remboursées par la sécurité sociale, des circulaires (2004 cancérologie pédiatrique – 2005 adulte) puis des décrets de 2007 et enfin la loi HPST poursuit la mise en place des outils bureaucratiques permettant le verrouillage des prescriptions. Elle remplace les agences régionales d’hospitalisation créées par les ordonnances Juppé en 1996 structures encore légères par les autoritaires agences régionales de santé auxquelles aucun secteur de la santé ne doit échapper en particulier la médecine dite libérale bien que sous le joug ferme de l’état via ses agences qui dépendent de lui. 
Le plan cancer met en place les réunions de concertation pluridisciplinaires auxquelles chaque dossier de malade cancéreux doit être obligatoirement montré afin de décider en groupe, le traitement à lui appliquer. Par contre, on entre dans l’ordinateur des données considérées comme essentielles comme histologie, extension etc…en oubliant l’humain : le malade et le médecin. Le malade devenu objet est entré le plus souvent possible dans un essai surtout depuis les préconisations du plan cancer 2014 présenté par FH qui fait l’injonction aux cancérologues de changer de paradigme tant pour le diagnostic que pour le traitement : ceux-ci doivent reposer sur la génétique pour soi-disant personnaliser le traitement ! Mais la « personne » visée ne sera en fait qu’une mutation présente sur les multiples anomalies d’une cellule de votre tumeur et pour laquelle on a un médicament qui permet de la «  cibler » .Ce choix autoritaire est rarement efficace vu le comportement du cancer qui prend un autre circuit . Les effets délétères (AVC, hémorragie cérébrale etc.) de ces drogues en essai sont très regrettables surtout chez des patients qui n’ont pas bénéficié des schémas éprouvés efficaces, expliquant sûrement pour une part l’épidémie de « cancers foudroyants ». En l’absence d’essais adaptés  au dossier présenté, les recommandations nationales élaborées par l’institut du cancer (créé en 2003) validées par la HAS devront être appliquées, utilisant de façon globale les associations nouvelles laissant de côté les combinaisons classiques aussi efficaces ou plus, mais moins couteuses. Il faut bien que les dividendes payés aux actionnaires des grands groupes soient élevés. Bien sûr les arguments seront d’ordre « moral » comme pour le reste de la politique, médicaments du pauvre, égalité d’accès à l’innovation, médecine ringarde, masquant de plus en plus difficilement la soumission aux lois du marché. Le malade est une marchandise comme une autre, pourquoi ne pas l’accepter en silence. Car si la RCP se permet trop souvent de s’écarter des chemins tout tracés (reposants, plus besoin de réfléchir) l’autorisation de traiter des cancers  sera rapidement  supprimée  à l’établissement donc elle dépend lors de la prochaine procédure d’accréditation de l’ARS, ça rend raisonnable, surtout en groupe  …..
Les cancérologues mis au pas cadencé, il fallait s’attaquer aux autres spécialités et surtout à la médecine de ville. A l’hôpital public, les nombreuses ordonnances, décrets et circulaires avaient déjà largement réduit le libre choix de l’ensemble des acteurs consentants ou non, plus ou moins silencieux. Il y a tant de moyens de manipulation et/ou de pression sur les médecins hospitaliers. Depuis plus de dix ans au moins, l’interne de garde dans un hôpital parisien recevant un malade en septicémie n’a plus le choix de la combinaison antibiotique. Un protocole est établi et gare au non-respect. Les postes de chef sont en cause, le regard des autres, la critique du staff hebdomadaire et du cadre de soins ; bref plein de garde–fous qui dissuadent d’avoir une existence propre. Robot tu es, robot tu seras et en silence. Je vous épargne les multiples procédures qui ont envahi l’hôpital et nos bureaux, remplaçant progressivement nos livres de médecine, nos bibles dans lesquels nous trouvions la réponse à un problème difficile. On est passé de la réflexion pour le patient à l’obéissance aux ordres prédigérés adaptés à un malade  lambda moyen et non à Mr Dupont Hector arrivé dans votre service …

Absence de libre choix  qui conduit à une déshumanisation du rapport médecin malade dans lequel s’est introduit l’intrus « administration ». Au-delà de la garde, les nombreux staffs et interférences des biologistes, infectiologues, radiologues, etc… réduiront vos possibilités de liberté de choix à la portion congrue quand elle existe. Mr Dupont recevra le traitement moyen pour le malade moyen non choisi en fonction des données acquises de la science mais de la liberté « académique » de l’établissement où vous aurez échoué. Ainsi à l’APHP, le directeur médical président de la CME a décidé qu’on ne proposerait pas aux patients « toutes les options » mais qu’on privilégierait la recherche et donc les essais (justification en août 2014 de la fermeture de l’unité indépendante de Garches d’’oncologie pédiatrique par le président de la CME APHP Loic Capron, en conférence de presse devant les télés.) …. Ce n’est pas inscrit à l’entrée de l’hôpital mais cela devrait que le patient soit informé des options de l’hôpital qui était public mais a maintenant un partenariat avec les laboratoires privés pour privilégier la recherche sur le soin (mais remboursé par la sécurité sociale).
Totalitarisme en oncologie pédiatrique puis adulte (sur public et privé), mise au pas des médecins hospitaliers par les multiples commissions qui décident des choix thérapeutiques, restait à mettre en tutelle les  médecins libéraux. Marisol Touraine avec la loi de santé actuellement présentée au parlement tente de supprimer ce qui leur restait d’espace de liberté. En effet soumis aux diktats de l’assurance maladie suite aux conventions signées par leurs syndicats complices, la marge de liberté était réduite. Elle risque de disparaitre si cette loi est votée  car elle installera à court terme les réseaux fermés qui imposeront aux médecins des protocoles pour chaque indication et aux assurés une liste de médecins ayant accepté ces ukases.
Ainsi les généralistes sont déjà harcelés pour la prescription de « non substituables par des génériques  alors que la variabilité d’efficacité  (+ ou – 20 % au moins par rapport au princeps), les variations de couleur de gélules, les populations à risque le justifient très largement. Ils reçoivent l’injonction de vacciner les patients, de prescrire les dépistages pour le sein par exemple que beaucoup savent contestables etc …
La liberté thérapeutique est en voie de disparition. Il ne tient qu’à nous citoyens, patients, soignants et médecins de résister contre cette violente attaque du serment d’Hippocrate - qui impose l’indépendance professionnelle et le secret médical - et de la sécurité sociale universelle dont le Tiers payant généralisé est l’outil pour la céder aux assurances privées de façon opaque, camouflée comme une lutte contre l’inégalité. Ne nous laissons pas manipuler.

Professeur Nicole DELEPINE, 
Ancien chef de service de cancérologie pédiatrique APHP

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