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Homéopathie : Anthropologie du 3ème millénaire ?

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par Pierre Popowski
( Pédiatre Homéopathe)


Spécialité de l'article : Historique et divers

Parution du 2009-12-01   pour la lettre n° 54

       Les anthropologues ont beaucoup voyagé de part le globe, pour nous ramener en ce début de 21ème siècle deux notions essentielles : la première affirme le caractère universel de la nature « humaine », la seconde valide l’approche imaginaire du réel.

        En effet, la première notion a fait comprendre au « bon blanc » occidental que le métissage est la règle, et la xénophobie une anomalie. On retrouve dans le monde, à travers les formes particulières propres à chaque culture, les mêmes grands schèmes d’interrogation, qui travaillent les hommes depuis des millénaires dans l’intimité profonde de leur chair de mortels, quelle que soit sa couleur.

        Et la seconde a réparé in extremis une injustice : celle qui aurait laissé se développer l’idée que la vision du monde peut se résumer en un concept, produit par la raison  « Je pense, donc je suis » -, reléguant au rayon antiquités – brocante la « folle du logis » de l’imagination. Heureusement, des scientifiques d’horizons divers, tels Claude Levi - Strauss, Gaston Bachelard, Mircea Eliade, Gilbert Durand, Georges Dumézil, Michel Serre, ont réhabilité l’âme des peuples et celle des individus en redonnant sa place à l’imaginaire qui, à l’instar de sa soeur jumelle la raison, est l’inspirateur des découvertes et des progrès.

       Certes, l’homéopathie est bien une médecine, donc en premier ressort une pratique et une pharmacologie2. En cela, elle obéit aux règles de la science, dont le dogme ambiant repose sur les mathématiques appliquées à la biologie, en particulier les statistiques.

      Mais l’homéopathie est aussi une anthropologie. Et comme telle, elle se doit de revendiquer de n’avoir à faire que secondairement aux mathématiques quantitatives. Les « modèles mécaniques » homéopathiques, dans lesquels on étudie les connections structurales sur un cas particulier ou même singulier, doivent prévaloir sur les « modèles statistiques ». Comme l’écrit G. DURAND dans « Les structures anthropologiques de l’imaginaire » : « Certes la découverte se fait sur un seul cas étudié à fond, mais la preuve peut se faire par la convergence comparative, dont le cas privilégié constitue le modèle exemplaire. » L’homéopathie, à l’instar de l’anthropologie, doit revendiquer fermement la reconnaissance de l’exemplarité d’un cas, à travers la description de ses nombreux cas cliniques. Et ce, jusqu’à ce que des modèles mathématiques spécifiques appliqués à la recherche ambulatoire, alliés à la recherche fondamentale, nous permettent de lever les doutes des hommes de science honnêtes et des sceptiques de tout poil. Pourquoi un médecin, spécialiste suréquipé intellectuellement, ne serait-il pas écouté, alors que des ignorants incultes en notre matière, tiennent le haut du pavé médiatique, en bavant leur fiel cynique et hypocrite ?

     Si un médecin compétent, bien formé, possédant une solide expérience de la clinique, dit qu’il guérit avec ses remèdes homéopathiques, - et que ses patients le confirment - pourquoi cesserait-on de l’écouter sous prétexte qu’il est homéopathe ? Pourquoi y aurait-il une « exception culturelle », un ostracisme touchant les prescripteurs et les utilisateurs des Médecines Alternatives et Complémentaires, alors qu’ils sont, pour la plupart, des médecins vertueux prenant en compte l’intérêt privé de leurs patients et celui, plus général, de la Santé Publique en pratiquant le « juste soin » ?

     D’ailleurs, un autre point de convergence mérite d’être souligné : la loi de similitude, qui est le socle de la pratique homéopathique, est d’observation très courante en anthropologie. A titre d’exemple, Gilbert Durand cite l’ambivalence de l’astre solaire dévorant / dévoré : le soleil peut être à la fois lion, et dévoré par le lion. C’est ce qui explique la curieuse expression du Rig Véda qui qualifie le soleil de « noir » : Savitri, dieu solaire, est en même temps la divinité des ténèbres.

    Autre exemple : le cheval « Bayart », dans le folklore européen, est un animal mythique qui se déplace d’Est en Ouest en des bonds prodigieux. Mythe solaire christianisé sous la forme d’un cheval de St- Martin ou de St-Gildas, dont le sabot se grave un peu partout en France. De ses empreintes naissent les sources. Mais par une espèce d’antiphrase sentimentale, le cheval Bayart, devient le démon maléfique des eaux invoqué pour le franchissement des rivières.

   La loi de similitude semble être gravée au plus profond du vivant. Emergeant de l’imaginaire des peuples, elle fait qu’un principe diurne peut se transformer en son jumeau nocturne. Enfouie au plus profond de la chair des individus, elle fait qu’un métal, un végétal, ou un minéral peuvent soit engendrer des symptômes morbides, soit guérir ces mêmes symptômes, en fonction du dosage et de la sensibilité. Et à l’oeuvre, toujours cette même Force Vitale, cette « Dynamis », tantôt « Âme du monde », tantôt âme des hommes, toujours prête à recouvrer l’état d’harmonie grâce au média infinitésimal de l’amour ou du remède dilué-dynamisé.

HOMEOPATHIE ET DEVOIR POUR LES GENERATIONS FUTURES

     L’approche homéopathique de l’homme, avec sa spécificité, représente donc certainement cette « néo-anthropologie » du 3ème millénaire dont Malraux, à ce qu’on nous dit, aurait certainement osé rêver s’il avait été médecin. Nous savons en effet que l’utilisation clinique de la Loi de similitude repose à la fois sur l’individualisation analytique valorisant les symptômes particuliers les plus inusités et les plus originaux, et la globalisation synthétique, hiérarchisant l’ensemble dans une stratégie ouverte sur les profondeurs de l’être. Cette amplitude du regard, propre à la médecine homéopathique, autorise une approche du malade qui prend en considération non seulement sa souffrance immédiate, physique ou psychique, mais aussi son angoisse existentielle profonde, le tout en relation avec son environnement.

     Et c’est cette possibilité de « contamination de la totalité de la personne » par la pensée, cette « percolation de l’être » par le sentiment, qui permet au médecin homéopathe d’avancer cette audacieuse affirmation : l’homéopathie sera l’anthropologie du 21ème Siècle. Car, que serait une médecine réduite à la mise en pratique d’une technique, même sophistiquée, si elle fait du praticien un ingénieur doué, mais stérile ? Que serait une médecine réduite à la prestation de services standardisés, saucissonnés dans des protocoles issus d’études randomisées, passés au crible consensuel d’élites auto-proclamées, si elle transforme l’Art médical en recherche féroce de maîtrise des coûts, souhaitable mais utopique ?

    Se laisser aller à accepter cet état de choses, c’est mourir, et laisser mourir la médecine. Car l’Art médical est une technique, mais aussi une esthétique et une éthique. La quête du Beau et du Bon devrait faire partie intégrante de la pratique médicale.
N’est-ce pas cette élégance dans le mode d’action que recherchent inconsciemment les unicistes, dans le feu de leur action ? Alors qu’ils se perdent après coup en explications, fustigeant les pluralistes en se référant à Hahnemann - chacun ayant d’ailleurs sa propre interprétation des paroles du Maître...

    Le sens des valeurs morales invoqué dans le Serment d’Hippocrate nous interdit d’ailleurs, et enfin, d’accepter la dévalorisation de l’acte thérapeutique et la marginalisation de notre différence. C’est notre devoir de les préserver et de les transmettre.


Samuel Hahnemann

Samuel Hahnemann

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