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La palmeraie de Skoura

carte maroc

Skoura - une palmeraie aux kasbahs d’antan et d’aujourd’hui

Skoura est la première étape sur la route des 1 000 kasbahs entre Ouarzazate et le Tafilalet. Selon la légende, elle aurait été fondée au XIIe siècle sous la dynastie des Almohades. La palmeraie tire son nom de la tribu berbère qui y vivait à cette époque, les Haskourene. Depuis, plusieurs populations se sont succédées, dont les tribus arabes originaires du Tafilalet, faisant aujourd’hui de Skoura un territoire arabe en pays berbère.

Si le bourg de Skoura modeste et discret, ne laisse pas un souvenir impérissable et ne se distingue pas de ces petites villes qui longent la route des mille kasbahs, il en est tout autrement de sa vaste palmeraie aux cultures entretenues, au riche passé historique et aux bâtisses antiques souvent restaurées et célèbres pour certaines. D’ailleurs, Skoura ne se comprend qu’au fil de l’histoire de sa palmeraie et de sa richesse d’hier tant naturelle par les mines de sel vers Toundout et la luxuriance de sa flore, qu’humaine, par un renouvellement et un brassage de sa population qui autrefois, mêlait, berbères, juifs et arabes.

Mais c’est peut-être un de ses très vieux habitants qui va lui valoir prochainement une célébrité nouvelle : Tazoudasaurus Naïmi. Son nom, déjà connu des spécialistes, excite les esprits scientifiques et autres amateurs puisqu’il s’agit d’un des plus vieux dinosaures au monde qui vivait il y a 180 millions d’années. En voyage en France pour études et analyses complémentaires, il reviendra au pays et sera sûrement la star d’une « Route des dinosaures » entre Ouarzazate et Demnate dans quelques années.

La palmeraie de Skoura est un véritable labyrinthe, d’environ 50 km², praticable autant en voiture qu’à pied ou en VTT. Palmiers, oliviers et amandiers abritent de leurs ombres, selon la course du soleil, les chemins arides menant aux demeures de terre dont certaines datent du XVIIe siècle.

L’architecture dans la palmeraie.

La palmeraie de Skoura apparaît aujourd’hui comme le conservatoire - ou le parc national - de l’architecture des oasis. Les tighremts se dispersent au milieu des palmiers et on ne se lasse pas de les contempler l’une après l’autre. Certaines sont d’une silhouette inattendue : deux tighremts se sont soudées en une longue bâtisse; une autre renonce aux tours et se flanque d’épais bastions.

Ces agencements, il est vrai, sont souvent dus à des réfections et à des remaniements. Mais la plupart des tighremts de Skoura sont des châteaux de plan carré cantonnés de quatre tours à la fois légères et solides. Leurs proportions sont d’une admirable justesse. Au sommet des courtines règnent de larges frises d’arcatures. A la partie supérieure des tours, de hautes arcades encadrent des baies en arc contre-passé; des motifs en losange ou en chevron remplissent tantôt des écoinçons tantôt les champs mêmes des arcatures. Toute cette décoration des parties hautes de la tighremt est d’une ferme ordonnance : les dissymétries de détail, chères à l’art berbère, n’en rompent jamais l’équilibre. Dans la palmeraie de Skoura on chercherait en vain deux tighremts semblables : les maîtres d’oeuvre berbères ont fait preuve de véritable virtuosité.

Les ksour de vastes dimensions sont rares à Skoura. Celui d’Amridil bâti sur la rive d’un oued qui n’est, en temps normal, qu’un large ruban de cailloux, est un des plus beaux qui soient. Les tours sont ici de vastes bastions aux murs en talus et richement décorés. Au-dessus de cette première ligne de bâtisses s’élèvent d’autres constructions pyramidantes dominées à leur tour par une tighremt. Cette longue façade qui semble celle d’un palais de l’ancienne Chaldée a été édifiée en 1911. A Skoura, plus que partout ailleurs, on n’est pas en face de débris du passé, mais d’une tradition que nous avons trouvée encore vivante et qui devrait produire de nouveaux chefs-d’oeuvre.

kasbah Amridil

La géographie

La route de Kelaa des Mgouna à Skoura traverse la steppe accidentée qui s’étale au pied du Haut-Atlas. Le petit centre de Skoura se trouve à la lisière Est de la palmeraie, à une quinzaine de kilomètres au Nord de l’oued Dadès. Les deux principaux affluents de droite sont l’oued Mgoun et l’oued Hajaj, appelé aussi oued Améridil. Si le Mgoun roule de l’eau en période sèche, l’Hajaj, artère nourricière de la palmeraie est presque toujours à sec ainsi que l’oued Tindir et leurs sous-affluents. L’oued Dadès coule en tout temps, mais son débit d’été suffit à peine aux besoins de l’irrigation. la contrée à laquelle il a donné son nom s’étire sur environ deux cent vingt kilomètres. On y compte plus d’un millier de douars, répandus surtout sur le versant Sud de l’Atlas.

carte_skoura

Les hautes montagnes de l’Atlas largement enneigées en hiver, véritable château d’eau naturel, alimentent les oueds une grande partie de l’année. À proximité d’Ouarzazate, le grand barrage El Mansour Ed Dahbi, construit en 1971, constitue une retenue d’eau artificielle permettant de réguler l’approvisionnement en eau de la région et de lutter contre sa désertification. La proximité du Sahara, la présence des barrières naturelles que sont le Haut Atlas et l’anti Atlas expliquent facilement cette aridité avec des précipitations annuelles moyennes de seulement 112 mm à Ouarzazate et une pluviosité souvent nulle en été. Les températures minimales moyennes s’échelonnent entre 1,9°C en janvier et 21,3°C en juillet, les maximales entre 16,6°C en janvier et 37,8°C en juillet, mois où la température peut souvent excéder 45°C et cela malgré le fait, qu’en raison de la proximité de l’Atlas, nous sommes à plus de 1000 mètres d’altitude (1200 mètres à Skoura).

L'irrigation puise dans l'oued Skoura, et emploie encore principalement le système traditionnel des khettaras en réponse aux sécheresse des années 1975-1980. Ce génial et très écologique système des khettaras a permis, au cours des siècles, de capter l’indispensable élément et de résister à un assèchement progressif. L’invention de cette technique de récupération des eaux souterraines remonterait aux 3000 ans de la Perse Antique et aurait été importée au Maroc dès les conquêtes arabes. En clair, il s’agit de collecter et d’acheminer les eaux de pluie et les eaux profondes pour irriguer les oasis. Des galeries creusées sous la terre et inclinées selon la configuration des terrains, des puits à intervalles réguliers et enfin des canaux à ciel ouvert, les séguias, vont répandre l’eau à travers le labyrinthe de la palmeraie.

La palmeraie de Skoura en est de beaucoup la partie la plus large (environ quarante kilomètres). On raconte qu’au XIIIe siècle, l’eau était plus abondante. Sa diminution a entraîné celle des surfaces cultivées. C’est ainsi que, sur 4000 hectares, 800 seulement ont pu être irrigués en 1932. La palmeraie nourrit environ 2000 foyers musulmans et une centaine de foyers juifs. Elle compte 52 000 dattiers, donnant 3000 tonnes de dattes les bonnes années et consommées sur place. L’orge, moissonnée en mai, le maïs, le sorgho, le millet, récoltés en septembre, occupent les trois quarts des terrains irrigués. Le dernier quart est consacré aux légumes : fèves, navets, carottes, oignons, fenouil, cucurbitacés.

Population

Les Ahl Skoura, comme les Ahl Todgha, comme les Ahl Dadès, sont une tribu d’origine plus cadastrale qu’ethnique, répandus dans les nombreux ksour de la palmeraie et dans les oasis de cette partie du dadès. Ils forment une branche de la grande famille berbère des Masmouda, arabisée depuis peu, teintée de sang arabe et passablement négrifiée. On y trouve, en outre, des gens du Tafilalet, du Sous, du Sagho, tous des voisins attirés par le richesse de la palmeraie.

La tribu, classée tribu de droit musulman en 1936, a été divisée en quatre fractions. Elle est administrée par un khalifa du Glaoui et plusieurs cheikhs. Linguistiquement, ils sont à la charnière du groupe béraber, domaine de la tamazirt, et du groupe chleuh, domaine de la tachelhaït. Entre ces deux groupes s’étend une zone de transition. Naguère, chaque fraction skoura était la cliente d’une fraction imerghan.

Les ksour de cette tribu sont groupés au fond ou au débouché des vallées méridionales du Haut-Atlas. Sous les Almohades, ils faisaient partie de la confédération des Haskoura, dont la capitale était Demnate. Endurants, sobres, batailleurs, les Imerghan faisaient volontiers partie de bandes de coupeurs de routes et de voleurs de bétail. Ils ont été soumis par les Glaoua au début du XXe siècle et placés, à partir de 1932, sous contrôle des A.I. L’été, les familles laissent quelques gardiens au village et s’installent dans les azibs de la montagne sur leurs terrains de parcours collectifs. En automne, les troupeaux pâturent aux environs des ksour, tandis que la fraction procède à ses labours. L’hiver les bergers se rapprochent de l’oued Dadès; quelques-uns gagnent les pentes Nord du Sagho.

Aujourd’hui la palmeraie compte de nombreux douars (villages), dont les habitants vivent essentiellement de l'agriculture : olives, amandes, dattes, cultures fourragères comme la luzerne, orge et autres arbres fruitiers (pommiers, abricotiers, figuiers, grenadiers ...). L’apiculture est vivement encouragée et développée.

La vie des cultures et de cette biodiversité si riche est ainsi maintenue.

Certains artisans perpétuent des traditions ancestrales comme les potiers et les vanniers. Et Skoura bénéficie de nouveaux revenus avec le tourisme. Plusieurs gîtes et hôtels se sont ouverts ces dernières années, tenus par des étrangers ou des habitants de la région. Les kasbahs caractéristiques de la zone sont également transformées en hôtels de luxe à la fin du XXe siècle.

Enfin, dans la culture populaire, Skoura a été le théâtre de différents films marocains et étrangers.

vue panoramique palmeraie de skoura

Un avenir assuré ?

Le palmier dattier est évidemment l’enfant chéri de cet écosystème. Mais c’est un enfant bien vulnérable !

Symbole de prospérité, il peut atteindre jusqu’à 30 mètres de haut mais reste cependant de constitution fragile. Sa croissance est très lente au début et les fleurs et les fruits n’apparaîtront que beaucoup plus tard quand il se sera délecté des années de plein soleil qu’il affectionne particulièrement.

Son pire ennemi ? Un méchant champignon qui provoque la maladie du bayoud entraînant manque de sève et dessèchement progressif des palmes, le plus souvent mortel.

Longtemps le Maroc fut au troisième rang mondial comme producteur de dattes. A l’époque, pas moins de 15 millions de palmiers dansaient sous les rayons du soleil. Plusieurs facteurs catastrophiques comme la sécheresse, l’ensablement, le trafic d’arbres et surtout la maladie du bayoud l’ont fait reculer à la septième place aujourd’hui, fournissant environ 4% de la production mondiale avec ses 110 000 tonnes de fruits. Les autres pays gros fournisseurs sont l’Irak, l’Egypte, l’Arabie Saoudite, l’Algérie, le Soudan, la Lybie… Les régions du Sud marocain concentrent les 90% de la production nationale. C’est dire s’il faut les protéger et les préserver pour leur assurer un avenir plus serein. Un plan national de sauvetage, de restauration et de renouvellement des palmeraies prévoit la plantation de 3 millions de pieds d’arbres à l’horizon 2020.

La datte est non seulement un fruit d’excellence délicieux mais aussi une base alimentaire aux qualités diététiques et énergétiques recherchées. Sa culture joue un rôle environnemental essentiel pour l’équilibre de l’écosystème et tout doit être fait pour la pérenniser.

palmiers

L’abeille jaune du Sahara (Apis mellifera sahariensis)

L’abeille saharienne est l’une des trois races peuplant les ruchers du Maroc; elle vit dans le Sud marocain, plus particulièrement dans le Tafilalet. Ce territoire, d’une altitude moyenne d’environ 700 m, est situé au sud du Haut Atlas, en bordure de la frontière algérienne et du Sahara. Le climat, de caractère présaharien, est sévère : on y enregistre d’importants écarts de température entre le jour et la nuit. L’air y est très sec : en hiver, il gèle, en été, le thermomètre marque facilement 48°C à l’ombre, et des vents de sable fréquents et pénibles arrêtent, quand ils soufflent, toute activité. Par surcroît, des invasions acridiennes périodiques entraînent à la mise en œuvre de puissants moyens de destruction qui, s’ils sont efficaces à l’encontre des sauterelles, anéantissent aussi les insectes utiles, en particulier les abeilles.

Les principales ressources apicoles de la région sont d’abord le palmier dattier et plusieurs espèces d’arbres fruitiers. Le maïs, l’orge alimentent les populations; des luzernières et diverses légumineuses entretiennent un bétail important et, le long des routes et des pistes, sont plantés des eucalyptus et des tamarix. Dans les étendues désertiques croissent des genêts, des saxifrages, des composées épineuses, des trèfles qui fleurissent à des époques différentes et assurent une importante production de miel de très bonne qualité.

C’est dans cette ambiance que vit l’abeille saharienne. Celle-ci, de couleur jaune-rouge, s’apparente à ses congénères Cypriotes ou à celles d’Asie Mineure, pays d’où elle a dû vraisemblablement être importée voici plus de deux mille ans, à la suite des migrations juives. L’importante barrière du Haut Atlas sépare le Sahara du reste du Maroc, isolant du même coup le Tafilalet et empêchant la race locale d’abeille de se mélanger avec celles du Nord. Aussi cette race saharienne a-t-elle conservé ses caractères propres, tout en s’acclimatant et se multipliant dans les oasis.

Cette abeille jaune, beaucoup plus douce que l’abeille tellienne et parfaitement adaptée aux dures conditions climatiques de ces régions arides est, aujourd’hui, menacée de disparitionsuite aux traitements anti-acridiens et à l’introduction volontaire ou par la transhumance de l’abeille tellienne ou « abeille noire ».

abeille jaune de skoura

C’est dans ce cadre que le CETAM Lorraine, avec le soutien de l’Ambassade de France au MAROC, intervient à Skoura auprès de l’Association ALBISHER pour le développement et l’environnement. L’action, commencée en 2009, a pris sa vitesse de croisière en 2010 et se poursuivra pendant les prochaines années. Elle s’inscrit tout particulièrement dans le dans le cadre de l’année internationale de la biodiversité et elle pourrait être intégrée au plan « Maroc vert ». Il s’agit d’un vaste programme visant tout d’abord à établir un état des lieux et à rechercher suffisamment de souches d’abeilles sahariennes pour assurer la conservation de cette sous-espèce via les techniques de sélection et d’élevage de reines et, parallèlement, à former les apiculteurs de la région de Skoura à ces mêmes techniques d’élevage des reines et de sélection. Il pourrait enfin aboutir à la création d’un conservatoire de « l’abeille jaune » pour assurer sa pérennisation.

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