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L’Homéopathie, la langue et la posture...une association inattendue ?

photo de l'auteur absente
par Martine JOLY
( Orthophoniste)


Spécialité de l'article : Pédiatrie

Parution du 2010-06-04   pour la lettre n° 56

          Travaillant au sein d’une équipe pluridisciplinaire, dans une approche diagnostique et thérapeutique des troubles posturaux, nous avons pu constater l’importance de la bouche dans l’équilibre postural.

     Au sein de la bouche, la langue est un organe d’une grande influence sur l’équilibre buccal, mais également sur l’équilibre postural. Elle doit pouvoir s’exprimer, se positionner, se déplacer librement dans la bouche par rapport au palais, ce qu’elle est empêchée de faire actuellement pour deux raisons essentielles :

  • La tétine qui est devenue un véritable « fléau » de société et les tétées tardives (biberons au-delà de 1 an)
  • Les pathologies nasales obstructives de plus en plus fréquentes, avec les phénomènes de pollution et d’allergies, où l’homéopathie peut être d’un grand secours dans les actions de prévention ou de thérapie.

1/ La tétine constitue une véritable obstruction buccale qui entrave le développement psycho-moteur :

  • Elle empêche la langue de venir prendre des contacts antérieurs au palais comme le nécessite le repos des 17 muscles qui la constituent et de la chaîne musculaire antérieure dont elle dépend. Chez le nouveau-né, la langue se positionne à l’horizontale, ses mouvements ne pouvant se faire que d’avant en arrière étant donné la configuration anatomique au départ. Ce positionnement évolue avec la réorganisation des parties du corps par rapport à la pesanteur, et les modifications anatomiques qui se produisent, lorsque le tronc se verticalise, avec l’acquisition de la position assise sans soutien, vers 6-8 mois. La langue s’érige alors avec la colonne. Sa partie antérieure vient en butée sur l’avant du palais si la voie est libre (sans tétine). Les appuis peuvent se prendre vers le haut, sur le pourtour du palais, vers lequel la langue s’est tout naturellement orientée. La déglutition qui se faisait à l ‘origine par aspiration, déclenchée de manière réflexe par la succion, peut se faire par compression. La langue est prête à fonctionner dans un axe vertical. L’axe horizontal antéro-postérieur de fonctionnement lingual primaire n’est plus adapté à la verticalisation de la posture.
  • Par ailleurs, la tétine constitue un sérieux obstacle à l’expression, aux mouvements des lèvres et de la langue nécessaires à l’articulation des sons de la parole. Les lèvres ne peuvent se fermer. La langue ne peut venir s’articuler au palais lorsque l’enfant s’essaye aux bruitages, aux premiers sons, aux premiers mots.

     Une dysfonction linguale perturbe l’équilibre non seulement « localement », au niveau buccal, mais également à distance, au niveau postural, du fait de ses points d’attache postérieurs. A l’arrière, la langue est reliée au crâne, et au larynx (entre autres). En tirant ses points d’insertion vers l’avant, elle crée un déséquilibre antéro-postérieur, avec tous les troubles musculo-articulaires et fonctionnels qui en découlent.
Conséquences de ces « tétées tardives » qui empêchent la langue de s’élever au palais :

  • - Frein à la croissance harmonieuse de la bouche : Déformations des dents (versions, béances), des mâchoires (prognathie) et du palais (étroit et ogival). La langue ne se place pas sur le pourtour du palais et, de ce fait, n’exerce pas les forces nécessaires à son développement transversal et dans le sens antéro-postérieur .
  • - Frein à l’évolution de la parole. Les enfants parlent plus tard et moins bien, avec une langue qui, au lieu de s’élever de manière différenciée au palais, se propulse de façon monobloc :
  • entre les dents, sur les dents et dans la mandibule
  • - Frein à l’évolution de la déglutition. Elle continuera à se faire sur un mode primaire, en propulsion, avec une indifférenciation fonctionnelle entre :
  • la langue, la tête, la mandibule et les lèvres
  • et les conséquences néfastes des tractions exercées sur la colonne vertébrale. Nous avalons notre salive environ 2000 fois par 24 heures (2 fois par minute éveillé, 1 fois par minute endormi)
  • - Frein à l’évolution psychologique de l’enfant, d’où une prise d’autonomie plus laborieuse, un comportement « bébé ». Frein à son ouverture physique et psychique sur le monde extérieur. Sa langue ne peut se « délier ».
  • - Frein à l’évolution harmonieuse de la posture. Une malposition linguale correspond à une mise en tension permanente des 17 muscles qui la constituent. Cette tension ne reste pas isolée, elle se transmet à toute la chaîne musculaire antérieure dont dépend la langue ;

On observe un déséquilibre postural caractéristique de « vrille en 3 plans » avec :

  • . une épaule plus haute et enroulée en dedans ;
  • . l’aile iliaque du même côté également emmenée en haut et en avant
  • (attitude « en vrille »)
  • . une « fausse » jambe courte (en fait tirée vers le haut) du même côté
  • . la tête en avant des épaules, elles-mêmes en avant des fesses
  • (vrille « en 3 plans » antéro-postérieurs)
  • . une attitude scoliotique
  • . une déformation, par excès de rotation interne de l’axe jambier qui entraîne des jambes en X, avec genu valgum (fémurs vers l’intérieur, tibias vers l’extérieur), des pieds : versés en dedans, des gros orteils avec tendance à l’hallux valgus (pouces vers l’extérieur, angulation et rotation du premier rayon).

Ostéopathes, kinésithérapeutes, podologues, voire même chirurgiens vont alors être
sollicités pour réduire ces troubles, qui récidiveront tant que la langue continuera à dysfonctionner.

    Si l’on veut traiter la cause il faudra, en réalité, faire appel à l’orthophoniste.

    Sachant tout cela, peut-on continuer à rester sans réaction face à l’usage de plus en plus répandu et donc supposé « normal » de ces tétines, ou biberons qui au-delà d’un an n’ont rien de physiologique mais entravent le bon développement physique et psychique de nos enfants ?

               D’où l’importance de prévenir plutôt que de guérir !

         Entre 6 mois et 1 an, l’enfant est anatomiquement prêt à fonctionner autrement que sur un mode de tétée, mais pour que ces nouvelles potentialités s’expriment, il a besoin d’être stimulé par un changement de mode alimentaire. C’est le moment du passage en douceur à l’alimentation à la cuillère et au verre. Un enfant qui marche ne devrait plus prendre le biberon.

Dès qu’il marche « comme un adulte », il devrait s’alimenter « comme un adulte ».

    Il y a des moments favorables à de nouveaux apprentissages dont il faut savoir profiter. Au-delà, les comportements se figent et ce qui n’a pas été mis en place spontanément, stimulé par l’environnement et la nécessité de s’adapter à de nouvelles contraintes, devra faire l’objet d’une rééducation.

Il vaut mieux « perdre un peu de temps » au moment opportun pour en gagner par la suite.

    Pour éviter tous ces problèmes, il est important de diffuser l’information et je remercie l’APMH de m’en donner ici l’occasion.

Informer les parents, les pédagogues, les thérapeutes sur :

  • le rôle de la langue non seulement dans l’équilibre buccal, mais aussi dans l’équilibre postural ;
  • le fait que le comportement lingual, au même titre que la marche, est le résultat d’un apprentissage pour la déglutition comme pour la parole ;
  • les conditions privilégiées pour faire ces apprentissages et les moments privilégiés au-delà desquels l’évolution ne se fera plus spontanément et devra faire l’objet d’une rééducation ;
  • les obstacles au développement…

2/ Autre obstacle majeur à l’adoption d’une position linguale physiologique :

Les pathologies nasales obstructives :

        Quand le nez est bouché, la langue doit rester en position basse et antérieure pour que la respiration puisse se faire par la bouche... Il n’y a pas le choix, c’est une question de survie !... En effet, la langue en position physiologique (pointe et bords sur le pourtour du palais) crée une étanchéité buccale, qui empêche toute entrée d’air. Mal positionnée, elle est aussi dysfonctionnelle, les appuis nécessaires pour avaler la salive ou émettre les consonnes antérieures se faisant tout naturellement à l’endroit où la langue prend contact au repos. En cas d’obstruction nasale, la langue, ne pouvant se placer au palais, prendra ses appuis vers le bas (dans la mandibule) et vers l’avant (sur les dents) dans la direction où elle est déjà orientée, en se propulsant.

     Traiter les affections ORL, les infections, les allergies, éviter un encombrement nasal chronique sont des conditions indispensables (même si elles ne sont pas toujours suffisantes) et, dans tous les cas, primordiales, pour permettre un positionnement lingual physiologique et une liberté posturale.

          Pour cela l’homéopathie nous est d’un précieux recours.

      Attention, une fois que les habitudes sont prises, il ne suffit pas de lever l’obstacle pour que la langue retrouve spontanément un positionnement et un mode de fonctionnement physiologique. Une « rééducation » s’avère nécessaire ... Il n’y a pas d’âge pour reprendre les expérimentations sensori-motrices et obtenir une évolution.

  • Si la tétine a été enlevée trop tardivement (au-delà de 6-8 mois) ...
  • Si le biberon a été prolongé (au-delà de 12-15 mois) ...
  • Si l’enfant a été empêché de respirer par le nez pendant un certain temps...

        ...les habitudes prises perdureront sans que la personne en ait la conscience ou l’idée que cela pourrait être autrement.
La position linguale de repos physiologique (pointe et bords orientés vers le haut sur le pourtour du palais, dos relâché en forme de cuillère) ne se réinstallera pas spontanément. La langue continuera :

  • - à se placer plus bas, orientée vers les dents ;
  • - à fonctionner avec des mouvements de propulsion sur les dents ou dans la mandibule, pour parler ou avaler la salive ;
  • - à tirer sur ses points d’attache postérieurs (crâne, larynx...) avec des implications rachidiennes.

Ce mode de fonctionnement lingual n’est pas adapté à la posture verticale, il est
source de désordres musculo-articulaires qui ne pourront être résolus qu’à l’aide d’une rééducation orthophonique si l’on veut que les autres traitements soient efficaces dans la durée.

Pour conclure, quelques points à retenir :

  • Ne pas occulter le problème de la langue dans l’origine des maux.
  • Connaître les maux qu’elle peut provoquer et pas seulement les mots !
  • Retrouver la « voie » du bon sens qui n’est pas celle de la tétine...
  • Avoir recours à l’homéopathie pour traiter et prévenir les affections rhino-pharyngées si l’on veut éviter de « se mettre la langue à dos » !

Martine JOLY,
Orthophoniste,
Membre fondateur de l’association « Langue, Voix, Posture ».
Consultante aux H.C.L.(pathologie des ATM et posturologie)
service du Dr Thierry Sauvigné (stomato-implantologie),

bibliographie:
• Combeau F : « Dynamique vocale - Dynamique corporelle Prise de conscience par le mouvement »
Edition « Espace du temps présent » : 1995
• Cornut G : « La voix » Que sais-je ? n°627 Edition PUF 2004
• Feldenkrais M : « L’évidence en question » Edition L’inhabituel, Paris 1997
. Joly M, Joly P, Hueber Th: ”Une approche étiologique des troubles de la posture”
Le spécialiste de médecine du sport au service des praticiens, n°39 mai-juin 2002.

Le conseil du Docteur Alain Horvilleur:

Donner trois granules trois fois par jour de l'un des médicaments suivants en fonction des circonstances.

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